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Ce rapport est diffusé comme contribution à
une discussion inter-régionale qui nous semble nécessaire.
Nous vous saurons gré de bien vouloir participer à
cette discussion et d'envoyer vos contributions où commentaires
à Dr. Arne Haselbach. E-mail: arne.haselbach@vienna-thinktank.at
Introduction
La plupart des théories en sciences sociales ont été
élaborées dans les pays du Nord et reflètent,
de ce fait, l'histoire et la situation socio-économique
et culturelles de ces pays. Par l'intermédiaire de mécanismes
divers ces théories ont été - et continuent
à être - transférées, enseignées
et appliquées dans des situations très différentes,
ce qui limite leur intérêt explicatif et fait qu'il
est parfois dangereux de les appliquer sans modification.
Il y a deux courants qui s'y opposent: la régionalisation
institutionnelle de la coopération internationale en sciences
sociales et les efforts visant à créer des connaissances
endogènes.
Alors que la régionalisation institutionnelle est dans
la bonne voie, les bases théoriques indispensables à
ce processus font toujours défaut.
Pour faire face à cette situation il faut recueillir
les faits et notions considérés comme composantes
essentielles de la problématique, établir et évaluer
l'état de la question, mettre en évidence les lacunes,
déterminer les priorités pour la recherche (tant
du point de vue théorique que du point de vue de la politique
en sciences sociales) et mener les recherches interculturelles
et pluridisciplinaires nécessaires.
La table ronde inter-régionale "Spécificité
et Universalité" a essayée à y contribuer.
Le passage de la phase 'réactive' - historiquement
nécessaire - de 'l'indigénisation' des sciences
sociales à une phase 'constructive' fondée sur
une meilleure compréhension de la spécificité
et de son rapport à la recherche de validité universelle
des connaissances en sciences sociale, est, toutefois, un processus
historique, dont le sens et le rythme dépendront de la
participation de chercheurs en sciences sociales du monde entier.
"Pour répondre aux réalités, aux
impératifs et aux défis du monde contemporain,
il s'avère" - de plus - "nécessaire de
forger de nouveaux outils conceptuels, de nouvelles techniques
et d'inventer de nouvelles méthodologies."
En vous adressant les conclusions de cette table ronde nous
voudrions attirer votre attention sur ces paris. Nous espérons
que vous participerez à l'effort inter-régional
pour que ces paris soient gagnés.
Dr. Arne Haselbach
Directeur
Institut de Vienne pour le Développement et la Coopération
Expose succinct des conclusions de la table ronde
(Original français)
1. Une table ronde inter-régionale réunissant
des chercheurs d'Afrique, d'Amérique Latine, d'Arabie,
d'Asie et d'Europe convoquée par l'Institut de Vienne
pour le Développement et la Coopération s'est tenue
à Vienne, Autriche, du 14 au 17 décembre 1981,
portant sur le thème de:
Spécificité et Universalité
À la recherche des Bases Conceptuelles de la Régionalisation
en Sciences Sociales
2. Au cours de la dernière décennie les
sciences sociales ont été marquées par l'intensification
de deux processus parallèles et mutuellement renforçants:
l'institutionnalisation de la coopération en sciences
sociales au niveau régional, d'une part, et la recherche
de paradigmes, méthodes et techniques correspondant aux
réalités de chaque région, d'autre part.
Sur la base de cette régionalisation, un processus
visant à établir un nouveau modèle de coopération
internationale sous forme d'une coopération inter-régionale,
est en train de voir le jour - processus auquel cette table ronde
a cherché à contribuer.
3. La préoccupation majeure des participants
a été de faire état du décalage entre,
d'une part, une mondialisation de plus en plus intensive et déséquilibrée,
une revendication et affirmation de plus en plus impétueuse
de la spécificité des différentes aires
géographiques, historiques, socioéconomiques, culturelles
et, d'autre part, des théories sociales, des outils conceptuels
et méthodologiques, non appropriés à saisir
et à interpréter ce double processus.
4. Les participants ont dénoncé les théories
fallacieuses de l'universalité. La plupart de ces théories
sont fondées, souvent de manière implicite, sur
un européo-centrisme voulant accréditer l'idée
que seule l'Europe, l'Occidentalité, seraient porteuses
d'universalité. La spécificité ne serait
qu'anomalie et retard des peuples non-européens, appelés
à se conformer aux valeurs, aux normes et aux modèles
économiques et sociaux, prévalant dans les métropoles
hégémoniques respectives.
Cette vision et approche européo-centriste est de plus
en plus remise en cause et critiquée, même en Europe.
Les théories et les méthodologies positivistes
ont fait I'objet d'une critique, car elles ne permettent pas
d'analyser, d'interpréter la mouvance sociale dans sa
totalité, la dialectique de l'universalité et de
la spécificité. La critique du positivisme et de
l'empirisme ne doit pas aboutir à un rejet total, mais
les résultats de ces recherches positives doivent être
interprétés dans leur totalité historique.
Les participants ont insisté sur l'importance des approches
conjointes, et mondialiste et locale, nationale et/ou régionale.
Rendre exclusive l'approche mondialiste aboutit à sous-estimer,
à négliger des aspects autonomes de la spécificité,
son effet de retour sur l'universalité et la mondialité.
Rendre exclusive l'approche locale, nationale ou régionale
confine le chercheur à l'étude de micro-processus,
lui interdit une vision et une appréhension de la totalité,
l'analyse macro-économique et macro-sociologique.
Il est donc nécessaire de conjuguer les efforts des
chercheurs en sciences sociales appartenant aux diverses aires
culturelles ainsi que d'encourager et de poursuivre des recherches
interdisciplinaires.
5. Pour répondre aux réalités,
aux impératifs et aux défis du monde contemporain,
il s'avère nécessaire de forger de nouveaux outils
conceptuels, de nouvelles techniques et d'inventer de nouvelles
méthodologies.
Ainsi, un défi majeur est lancé à tous
les chercheurs en sciences sociales, qui mérite l'attention
des meilleurs parmi eux.
Les problèmes posés par ce défi sont
nombreux et difficiles à résoudre. Une discussion
détaillée a permis de préciser quelques-uns
de ces problèmes de la manière suivante:
a) Comment formuler d'une manière appropriée
les questions pour trouver une analyse et une interprétation
adéquates des réalités sociales?
b) Quelles sont les composantes nouvelles de la spécificité
qui remettent en question les conceptions actuellement dominantes
de l'universalité?
c) Comment se mondialise la spécificité et se
spécifie la mondialité?
d) Comment mener à bien des études comparatives
entre les aires historiques, économiques, culturelles
différentes? Comment respecter et valoriser la différence,
sans faire éclater l'universalité?
e) Comment mettre au point des catégories et des notions
permettant de cerner, d'interpréter l'entrecroisement
des processus contradictoires?
(Au cours de la discussion, une contribution a été
apportée pour mieux articuler universalité et spécificité
en reliant ces notions à la problématique des contradictions
ayant pour source le devenir historique même de l'universalité.)
f) Comment s'affirme une pluralité des contradictions
(capital/travail; domination/dépendance économique
et sociale; hégémonie/subordination politique;
travail manuel/travail intellectuel; monde rural/monde urbain;
culture élitiste/culture populaire; etc.) ?
g) A travers quelles médiations spécifiques,
et sous quelles formes multiples et hybrides, s'entrecroisent
et se répercutent ces contradictions dans toutes les parties
du monde et dans les différentes sphères de la
vie sociale?
h) Quel est l'impact des regroupements régionaux (différents
types d'intégration régionale) sur les clivages
Nord/Sud et Est/Ouest?
i) Quelle est la portée de la dialectique de la spécificité
et de l'universalité dans le domaine des études
de développement?
6. Les participants ont insisté non seulement
sur la nécessité d'analyser les causes et les sources
des tensions, des conflits et des crises, mais aussi sur la nécessité
de détecter les alternatives et les issues aux crises,
qui tiennent compte des exigences du développement, de
la créativité endogène, du respect et de
l'épanouissement des identités nationales, culturelles
et politiques.
De ce point de vue il est souhaitable de percer de nouvelles
voies pour réduire le hiatus entre théorie et pratique.
7. Les méthodologies, les techniques de recherche
et d'exposition théoriques doivent éviter les parti-pris
et les préjugés déformant les mentalités,
manipulant les consciences et faisant obstacle à la solution
des problèmes cruciaux auxquels est confrontée
l'humanité entière.
Les outils intellectuels ne doivent pas être simplement
des jeux logiques formels mais doivent être en rapport
avec le contenu historique et social, les aspirations et les
efforts visant à accélérer la transformation
du monde pour le rendre habitable pour toute l'humanité.
8. Dans un monde encore largement dominé par
des rapports asymétriques et inéquitables d'ordre
économique, politique et culturel, les sciences sociales
doivent fournir une connaissance plus objective du monde et contribuer
ainsi à le transformer dans le respect des spécificités
et pour une mondialité renouvelée.
Participants
Alya Baffoun, C.E.R.E.S., Université de Tunis, Tunis,
Tunisie
Jan Berting, Faculté des Sciences Sociales, Erasmus
University, Rotterdam, Pays-Bas et Centre de Vienne (Centre Européen
de Coordination de Recherche et de Documentation en Sciences
Sociales)
Harald Gardos, Commission Nationale d'Autriche pour l'UNESCO,
Vienne, Autriche
Arne Haselbach, Institut de Vienne pour le Développement
et la Coopération et EADI (Association Européenne
des Institutes de Recherche et de Formation en matière
de Développement), Vienne, Autriche
Imre Marton, Karl-Marx University, Budapest, Hongrie
Subrata Kumar Mitra, (c/o Ruhr-Universität Bochum, Rép.
Fédérale d'Allemagne), Inde
Felix Gustavo Schuster, CLACSO (Consejo Latinoamericano de
Ciencias Sociales), Buenos Aires, Argentina
Fredj Stambouli, C.E.R.E.S, Université de Tunis, Tunis,
Tunisie
K. Twum-Barima, Institute of Statistical, Social and Economic
Research, University of Ghana, Legon - Accra, Ghana et CODESRIA
(Conseil pour le développement de la recherche en sciences
sociales en Afrique), Dakar
Nous remercions tout spécialement nos collègues
qui ont participé à cette expérience de
coopération inter-culturelle extraordinaire, l'Université
des Nations Unies, qui nous a permis d'utiliser des documents
non-publiés issus d'un séminaire organisé
dans le cadre du Projet sur les 'Alternatives socio-culturelles
du Développement dans un Monde en Transformation'
portant sur la même problématique, et la Chancellerie
Fédérale de l'Autriche ainsi que l'UNESCO de leur
soutien financier.
Ce document a été publié sous le titre
"Spécificité et Universalité - À
la recherche des Bases Conceptuelles de la Régionalisation
en Sciences Sociales", Occasional Paper 81/4, Institut de
Vienne pour le Développement et la Coopération,
Vienne 1981.

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